
Au delà du film vertigineux par son axe autour du temps , de la pléiade d’acteurs qui se croisent tout au long de cette épopée de vie et d’amour , il y a la musique , presqu’une actrice principale , une scène de théâtre à ciel ouvert …
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Au delà du film vertigineux par son axe autour du temps , de la pléiade d’acteurs qui se croisent tout au long de cette épopée de vie et d’amour , il y a la musique , presqu’une actrice principale , une scène de théâtre à ciel ouvert …
(suite…)Lorsque je suis rentrée pour la première fois dans une salle de danse, je fus subjuguée, attirée par ce long mât couché à l’horizontal qui rythme de son bois poli les murs de la classe…j’avais juste envie de m’y enrouler, ressentir les effluves et les aspérités infimes qui l’habite…
Pour le danseur, c’est une amie, un compagnon de voyage, celle qui l’accompagne lors de son éveil du matin, qui l’aide chaque jour à se construire, à trouver l’harmonie entre sa pensée et son corps…elle est juste, sans ostentation : car elle lui offre la beauté simple de son enveloppe pour se réchauffer, expérimenter, une écoute respectueuse des battements des rêves de l’artisan danseur en devenir…elle demeure au quotidien cette dimension unique, silencieuse, contrapuntique et qui l’accompagne dans son émerveillement au quotidien…
Il est aussi touchant que ce même mot désigne la première partie de la classe de danse…lorsque que la barre commence, une vie intense habille de lumière la cathédrale intérieure du danseur : c’est un voyage émotionnel et physique qui prend ses racines au coeur du silence…on pourrait juste mettre un métronome, comme l’a réalisé Maurice Bejart dans son Art de la barre… car accompagner la barre, est un instant bouleversant : celui de l’éveil du corps et de la pensée, la naissance d’harmoniques sublimes qui seront pour la journée qui s’avance les fondations de nouvelles découvertes, de nouvelles sensations…
En tant que musicienne, je construis chaque étape de ce voyage en respectant ce silence : peu de choses, une élévation progressive de la terre au ciel, des mots musicaux qui aide le danseur à se découvrir : car chaque barre est unique, exceptionnelle ; elle est une petite vie en soi, le témoignage plein d’amour de l’amour de la danse pour l’artisan qui apparaît au lever du soleil….
La méditation est la porte sur le silence la plus belle… le moyen le plus évident d’entrer en harmonie avec l’univers, le scintillement des étoiles.. vivre à fond chaque instant, entrer en voyage en soi, comme la plus belle quête à écrire noir sur blanc sur l’écran de la mémoire, faire du présent un hymne à vivre… ne plus dire non, ne plus demeurer sans savoir… rechercher en soi la ressource mère, créer chaque ressource manquante lorsqu’il le faut pour n’avoir en finalité en ses mains que l’essentiel, en dehors de tout superflu pour écrire sur la page blanche du cosmos les mots du coeur… la pureté est la simplicité, car tout ce qui est est essentiel est unique , créatif , pour que le langage de la création soit perceptible et ressenti par l’Autre …
P comme paysages le premier paysage est un piano qui surgit en ma mémoire est celle d’un immense vaisseau toute voile dehors lancé à pleine vitesse sur un océan déchaîné … coup de foudre .. c’est cet ami que j’attendais, une bouffée d’air pur, des ailes dorées par la tendresse simple de l’amour, des ailes pour rejoindre les étoiles…
Notre histoire depuis est celle des êtres épris de liberté, des instants de grâce totale , des larmes qui déchirent parfois notre regard, des éclats de rire dans l’univers d’un instant , une fidélité absolue qui ne s’éteindra jamais même avec la mort ..
J’ai souvent peur de devenir, de prendre contre mon coeur toutes ces mélodies auxquelles nous donnons naissance à chacune de nos rencontres , parfum de fleurs insensées ..
Qui sont elles, d’où viennent elles ces petites fées surgissant dès que le coeur allume ses feux de détresse …sous mes doigts, peuples étranges , êtres nés de nulle part , ou d’un autre temps …
Chaque aube je reprends ma marche sur un sentier peuplés de rêves et souvent je souhaiterai que l’on me laisse refermer la porte, être seule seule l’espace d’un instant avec le silence de mes paysages, ces personnages qui font de la vie un film à nul autre pareil , un théâtre ouvert sur l’univers en des milliers de tours du monde, un pas de deux flamboyant avec l’éternité …
Et puis il y a ce besoin d’écrire, de mettre des mots sur mes émotions ,de dessiner sur la beauté du monde une trace , un instant d’équilibre fragile sur les iles du vide .. ce sont les histoires de ma vie, fugaces lambeaux d’amour, regards de gens comme des milliers de constellations qui sculptent sur ma mémoire des reflets d’océans affolés par la magie de chaque rencontre ..
1 les pliés de la barre
C’est souvent le premier exercice de la classe de danse…pour le danseur comme pour le musicien, c’est une méditation, un regard plein d’amour envers soi, le corps…
Il n’est pas nécessaire musicalement d’en faire beaucoup…le trois temps est peut être idéal, car sa rondeur toute en douceur donne beaucoup d’espace pour la réalisation du plié…je réfléchis sans cesse à cette première mélodie qui accompagnera ces premiers pas dans la journée du danseur…elle doit être simple, avec des harmonies transparentes… la main gauche se doit d’être aussi dépouillée, pour ne pas dénaturer les gouttes de pluie de la main droite….
On se doit de demeurer silencieux au coeur de chaque mesure, pour que cette première médiation ouvre doucement une porte sur la lumière et l’air….
La difficulté principale reste donc l’équilibre entre la poésie harmonique et l’écriture rythmique….un simple balancement de la main gauche suffit, la mélodie se structure par petites gouttes de couleurs…de temps agrandir le phrasé de la main gauche, comme une petite brise de vent…
Je vous ai enregistré une petite miniature pour jeter une passerelle entre l’écrit et l’imaginaire…
2 les pliés du milieu…
Le milieu souvent fait écho spirituellement et physiquement avec la construction de la barre…il s’agit pour le danseur de trouver à nouveau sa verticalité sans l’appui de celle-ci…le danseur prend en quelque sorte son envol…une grande solitude se fait jour, qu’il faut métamorphoser en silence par une écriture musicale dépouillée… le voyage change d’horizon, s’agrandit…
Pour le musicien aussi, c’est une nouvelle aventure qui s’avance : les sensations intimistes s’effacent au profit d’éléments musicaux plus proche du scénique…mais il ne faut pas pour autant complexifier et alourdir les différentes constructions qui vont se succéder au fur et à mesure de la 2ème partie de la classe…
Le danseur se met alors en situation de spectacle, face à lui même…le premier exercice du milieu est ainsi primordial pour la sédimentation des sensations : car c’est la première fois qu’il se verticalise sans l’appui de la barre, sa barre…
Pour moi, chaque jour, ce passage de la barre à la prise de plateau, le milieu, est émouvant et essentiel aussi…la texture de la musique se doit d’être à l’écoute de cet instant… Le trois temps, avec la notion de cercle, crée une notion de mouvement perpétuel, avec des espaces propices à l’écriture corporelle, une écriture qui s’ouvre comme une page blanche, un envol vers la voute étoilée…
Le son porte en lui la mémoire du monde ..lorsque l’on s’assoit et que l’on prend le temps de l’écouter, on entend le coeur de l’univers et toutes les voix qui le composent battre harmoniquement avec le scintillement des étoiles…
Je crois que chacun porte en soi une mémoire cellulaire unique, un chemin, un voyage peuplé de cultures polyphoniques, de langues présentes et disparues…une chanson d’amour, une symphonie, un rock, un gospel, un rap éveillent en nous des pans de ces espaces mémoriels et le son en arrivant en notre esprit transmet alors au corps et au coeur des mots, des couleurs qui nous font vivre l’instant extraordinaire de toute histoire qui s’écrit sur une page blanche…
Mon piano, les vibrations de son bois, la toile noire et blanche de ses touches, la métamorphose permanente de ses notes ont sans cesse dessinées mes joies, mes rires, mes espoirs, mes rêves, soignés mes plaies, mes blessures, sculptés au coeur du ciel et des étoiles mes moments de vie… chaque cicatrice s’est jours après jours bouleversée en empreintes dorées sur la lumière de ma peau, et le théâtre de mon regard.
Jouer pour chacun, lors de mes invitations au voyage, est la chance pour moi de transmette la bienveillance du son, capable de se glisser en chacun pour devenir, juste pour vous, un refuge, une petite maison pour réchauffer ou éclairer chaque instant de vos vies .
Je ne remercierais assez les dieux d’avoir déposer sur mes mains la simplicité bouleversante du son et de la musique pour offrir à mon petit monde l’espoir d’un monde meilleur…soigner les âmes est une émotion qui a donné à ma vie la force d’être debout lors des tempêtes du quotidien… mon coeur d’enfant continue de battre grâce à la magie voyageuse du son, à l’écoute du battement de chaque coeur…
La prochaine fois que vous écouterez un son, une voix, un oiseau, le bruissement des feuilles, un pas dans la rue, laissez vous emmener par la seule ressource du son et écrivez cette petite histoire en une petite maison de mémoire…écoute après écoute, mot sonore après mot sonore, illuminez votre coeur, de la beauté du monde…